Léon Tolstoï a tant de facettes, certaines éblouissantes, que ses biographes ont sous-estimé, sinon ignoré les rapports de l’écrivain avec le droit. Ces rapports sont néanmoins d’une importance majeure. Lorsqu’il fut étudiant à l’Université de Kazan, le jeune comte Léon Nikolaïévitch manqua sans doute de sérieux mais il était plus doué que certains l’ont dit et il reçut, à défaut d’une vraie formation, une certaine initiation aux disciplines juridiques.
Par la suite Tolstoï s’est trouvé à tous les moments de sa vie, dans des situations ou aux prises avec des difficultés pour lesquelles il lui a fallu recourir au droit ou à ceux dont c’est le métier de mettre celui-ci en oeuvre. Le barine au grand domaine a dû compter avec tous les problèmes du servage (avant et après l’abolition) ; il a fallu à l’époux d’une femme exceptionnelle devenue son éditrice mais restant soucieuse des intérêts familiaux, au père de treize enfants, affronter des problèmes de gestion, de partage, de testament.
Le « juridique » a - plutôt souvent - servi au romancier pour dessiner un personnage, comme dans La mort d’Ivan Ilitch, construire des scènes comme dans Résurrection où elles ne sont pas les moindres de l’oeuvre ; il a fourni au penseur des thèmes propres à susciter sa hargne. Lorsqu’à partir de 1880, Tolstoï changeant de vie, au nom d’une spiritualité chrétienne très particulière, s’est fait l’apôtre de la non-violence, de la non-résistance à la violence par la violence, il a, plus qu’aucun autre, pourfendu l’État et le droit, ayant particulièrement en ligne de mire les tribunaux, la peine de mort, la propriété foncière. Si les indignations de Tolstoï doivent d’abord se comprendre et s’apprécier au regard des métamorphoses et des soubresauts de la Russie des quatre derniers tsars, elles ont une puissance d’émouvoir qui dure. Les enseignements du maître d’Iasnaïa Poliana, après avoir valu à celui-ci tant d’adeptes, en Russie mais aussi dans le monde (comment ne pas rappeler Gandhi ou Romain Rolland ?), ont encore un pouvoir pour éclairer beaucoup de grandes questions d’aujourd’hui.

Raymond Legeais, après un passage dans la magistrature a développé une carrière de juriste enseignant droit civil, droit pénal et droit comparé ; il a été doyen de la Faculté de droit, puis président de l’Université de Poitiers. Il s’est toujours intéressé aux rapports de « la plume et de la balance », consacrant notamment des études à André Gide et à Albert Camus. Il a pu avoir de nombreux contacts avec les pays de l’Est. Dans les dernières années, il a assuré - en collaboration - la traduction en français du nouveau code civil de la Russie et participé dans ce pays, comme expert au titre d’un programme européen Tacis, à deux sessions de formation de magistrats.
Docteur honoris causa de l’Université de Marbourg, il est membre de l’Académie internationale de droit comparé.


Raymond Legeais

Éditeur : Faculté de droit et des sciences sociales de Poitiers
Collection :
ISBN : 979-10-90426-33-7
EAN13 : 9791090426337
Date de parution : 02/2014
Essais - 350 pages - Universitaire
Etat : Disponible
Thème :
Droit > Théorie / Sociologie / Histoire / Philosophie / Histoire du droit > Philosophie du droit

Prix éditeur : 27 €

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